Interview exclusive : Yves GAUTHIER CEO Tunisiana – La Tunisie, un pays où il fait bon vivre et où Je n’ai pas ressenti le fait que j’étais à l’étranger.

Interview exclusive : Yves GAUTHIER CEO Tunisiana – La Tunisie, un pays où il fait bon vivre et où Je  n’ai pas ressenti le fait que j’étais à l’étranger.

 Jalele ACHOUR : Bonjour Yves Gauthier, pouvez vous revenir sur votre arrivée chez Tunisiana en 2007 ? Comment avez vous été recruté ?  Qu’est ce qui vous a convaincu de rejoindre l’opérateur détenu à l’époque par Orascom ?

Yves Gauthier : J’étais à l’époque CEO d’Orange aux pays bas et j’ai été, tout simplement, approché par un cabinet de recrutement. J’ai été séduit par l’opportunité de rejoindre Tunisiana car les actionnaires de l’époque ont accepté de me donner carte blanche avec des conditions claires en respectant chacun sa position respective. J’ai pu avoir la responsabilité totale du management de Tunisiana et c’est ce qui m’a convaincu.

Jalele ACHOUR : Etiez vous déjà venu en Tunisie avant votre intégration chez Tunisiana ? L’adaptation a t’elle été difficile et que pensiez vous de la Tunisie avant votre arrivée ?

Yves Gauthier :  Je n’avais jamais visité aucun pays du Maghreb avant mon arrivée en Tunisie. Depuis que j’ai intégré Tunisiana, j’habite ici avec ma famille. L’adaptation s’est faite le plus naturellement du monde. Les tunisiens parlent le français et sont très accueillants, ils n’ont pas l’animosité coloniale que l’on peut ressentir en Algérie par exemple.
Avant mon arrivée en Tunisie J’avais une image assez positive du Maghreb en général. Pour la Tunisie, comme tous les français, j’avais en tête les plages d’Hammamet et de Monastir, un pays où il fait bon vivre. Je n’ai pas ressenti le fait que j’étais à l’étranger, J’ai tout de suite eu l’impression d’être dans une région française comme Marseille ! La France et la Tunisie sont deux pays historiquement très proches. Finalement, je garde l’image que j’avais avant d’y habiter.

« La Tunisie, un pays où il fait bon vivre et où Je  n’ai pas ressenti le fait que j’étais à l’étranger. »

Jalele ACHOUR : La vie parisienne ne vous a-t-elle pas manqué pendant toutes ces années ?

Yves Gauthier : Cela fait plus de 15 ans que je n’habite plus en France. J’aime beaucoup la ville de Paris mais finalement, elle ne m’a pas manqué car j’ai fait des déplacements réguliers en France.

Jalele ACHOUR : Que pensez-vous des conditions dans lesquelles vous avez dû travailler avec l’état Tunisien ?

« Tunisiana à été bridée par le régime de Ben Ali »

Yves Gauthier : Tunisiana à été bridée par le régime de Ben Ali et nous avons souffert de cette situation. Cependant, nous avons eu de quoi rester positifs grâce à la fidélité de nos clients et grâce à nos équipes qui nous ont permis de continuer d’avancer dans l’adversité.

Nous attendons toujours la commercialisation de la 3G, un cabinet à été mandaté pour préparer un cahier des charges  pour une troisième Licence en espérant que Tunisiana finira par l’obtenir sachant que les deux autres l’ont déjà, je ne comprendrai pas que ce ne soit pas le cas pour nous.

Jalele ACHOUR : Comment s’est passée la vente des 25% de Tunisiana au gendre du Président déchu et avez-vous subis une pression pour que ce soit lui qui rachète les parts mises en vente par Orascom ? A qui appartienne les 25%, aujourd’hui saisie par l’état ? Est-ce que cela change quelque chose dans la gestion Tunisiana ?

Yves GAUTHIER : Orascom à voulu vendre Tunisiana. A ce moment là, l’état tunisien nous a fait savoir clairement qu’il voulait que 25% soit acquis par un investisseur Tunisien ou une société Tunisienne, ce qui n’est pas idiot en soit, puisque il est normal qu’une des sociétés importantes en Tunisie appartienne à un Tunisien. J’ai trouvé que c’était une bonne démarche. Il n’y a eu qu’un seul candidat car, il était difficile de trouver quelqu’un d’autres en Tunisie capable de payer 600 Millions de Dollar à Orascom pour acquérir ses parts.

La saisie des 25% par l’état ne pose aucun problème dans la gestion du groupe Tunisiana puisque l’actionnaire principal Qtel conserve 75% du capital. L’état n’a pas officialisé la saisie définitive des parts. Il les a pris pour le moment sous tutelle,  ensuite un transfert de propriété est envisageable d’après mes informations.

Jalele ACHOUR : Pensez vous que depuis la révolution, il y’a eu une révolution dans le secteur les télécoms ? Et votre départ est-il dû à des difficultés rencontrées  par Tunisiana après cette révolution ?

Yves GAUTHIER  : Il n’y a pas eu de révolution dans les télécoms hormis l’accord que nous avons obtenu pour acheter 49% de Tunet. Les choses n’avancent toujours pas facilement. Peut être que ce n’est pas la volonté du nouveau gouvernement.

« Mobinil est un nouveau challenge pour moi. »

Quant à mon départ, il n’a pas de rapport avec les difficultés rencontrés en Tunisie. Mobinil est une véritable opportunité sachant mon âge et mon plan de carrière et je ne pense pas que j’aurai indéfiniment des propositions de ce type.

J’avais le choix entre rester chez Tunisiana puisque les actionnaires étaient satisfaits du travail réalisé jusqu’à aujourd’hui ou bien prendre le risque de démarrer un nouveau challenge sachant que ce sera certainement mon dernier poste en tant que directeur général. Mobinil fait parti des activités principales du groupe France Telecom à l’étranger. C’est une société cotée en bourse qui représente 30 Millions d’abonnés. C’est une évolution de carrière intéressante et une opportunité que je ne voulais pas laisser passer.

Jalele ACHOUR : Vous avez, justement, parlé du rachat des 49% du FAI Tunet pour lequel vous avez obtenu l’autorisation ministérielle. Quel est l’objectif de ce rachat ? Pensez vous que la Tunisie se dirige vers un modèle Triple Play ou Quadruple Play comme en France par exemple, avec une offre qui regroupe le fixe, le mobile, l’internet et la télévision ?

 Yves Gauthier : En ce qui concerne la télévision, tant qu’il y’aura des Dreambox, il n’y aura pas d’intérêt à commercialiser une offre de télévision par ADSL. Le business modèle ne serait pas viable et il faut que les opérateurs puissent rentrer dans leurs frais et qu’ils fassent des bénéfices pour commercialiser un service.

En ce qui concerne le fixe, nous n’avons pas de licence et l’état ne compte pas lancer de nouvelles licences pour le fixe pour le moment. Indéniablement, cela fait parti de l’avenir et il serait pertinent pour Tunisiana de pouvoir commercialiser cela mais ce n’est pas d’actualité.

En ce qui concerne les offres internet, le rachat de Tunet vas nous permettre de commercialiser une nouvelle offre internet et d’acquérir une licence d’exploitation.

Jalele ACHOUR : Quel avenir pour les opérateurs en Tunisie ? Pensez-vous que les opérateurs tunisiens finiront par travailler ensemble sur des nouvelles technologies comme en France ou encore comme dans d’autres secteurs tels que l’automobile ou Mercedes et Renault se sont associés sur des projets R&D (recherche et développement) malgré le fait qu’ils sont concurrents ?

Yves GAUTHIER : Le secteur va évoluer vers le DATA avec la 3G et l’internet à haut débit. Nous allons pouvoir atteindre très vite des débits élevés même à l’intérieur du pays, avec 100 méga d’ici deux ou trois ans.

Les Smartphones également vont se démocratiser en Tunisie. Tunisiana propose déjà des offres qui permettent de payer moins cher son téléphone mobile grâce aux points merci par exemple ou grâce aux offres post payé qui permettent de bénéficier de réduction. Il faudra forcément que l’ARPU augmente et que les abonnés tunisiens passent au post payés pour que les opérateurs puissent subventionner plus facilement les téléphones mobiles. Actuellement nous sommes sur des chiffres très explicites par rapport au marché avec 98% d’abonnés en prépayés pour 2% de post payés en Tunisie et tous opérateurs confondus.

Les sociétés du secteur vont pouvoir se développer grâce à la volonté de l’état de pousser les sociétés dans le secteur des TIC avec le fonds VAS que Tunisiana propose mais aussi le fond de soutien de l’état.

Pour ce qui est du travail collaboratif entre les opérateurs, je suis convaincu que cela finira par se faire, et c’est un souhait du secrétaire d’état exprimé lors  d’une première réunion organisée dans ce sens.

En France, nous sommes dans un marché apaisé, finalement peu évolutif contrairement à la Tunisie. La confrontation entre les opérateurs continue et peut être que dans un an la situation aura changé en Tunisie. Travailler ensemble finira par devenir une obligation, car il y’aura moins de croissance et il faudra faire baisser les coûts R&D et augmenter l’ARPU.

Créer une association qui regroupe et régule les acteurs du marché peut être un début de solution. Les homologues sont convaincus, mais il faut dépasser cette phase de confrontation avant de pouvoir s’entendre. Il faut digérer cette phase.

Jalele ACHOUR : Les statistiques sont difficiles à trouver et finalement pour trouver des fonds pour les PME cela devient plus difficile de monter un dossier d’investissement solide. Quels sont vos conseils aux petites PME du secteur ?

Yves GAUTHIER :  Vous avez raison. Il est difficile de réaliser une étude car toutes les statistiques sont confidentielles pour des raisons stratégiques. Comme je l’ai dit précédemment, il faut d’abord que la phase de confrontation soit dépassée pour que les choses puissent évoluer. Le plus important pour ces sociétés est qu’elles puissent se différencier sur des offres où la concurrence n’est pas importante et l’offre prémium avec un Business modèle bien établis. Proposer de développer des applications mobiles est devenu banal, il faut  des idées qui feront la différence.

Jalele ACHOUR : La concurrence n’est pas si acharnée que cela entre Tunisie Telecom et Orange Tunisie sur les offres 3G. Nous l’avions démontré dans notre dernier numéro en publiant un comparatif des offres. L’offre ponctuelle de Tunisie Telecom était plus intéressante mais sur le long terme Orange Tunisie était plus compétitif. Comment expliquer ce rapprochement ? Pourquoi n’avons-nous pas notre « Free » à la française ?

Yves GAUTHIER : Pour le moment la priorité des opérateurs est de rentabiliser ces réseaux avec des investissements très lourds, donc on ne peut pas toujours brader les prix. On n’attend de voir les offres de Free sur le mobile mais ils ont utilisé à l’époque sur le fixe les tarifs agressifs qui ont été possibles parce cela se basait sur  les infrastructures de France Telecom. Ce sera une autre affaire sur le mobile avec leurs propres réseaux.

Jalele ACHOUR : Yves GAUTHIER, merci de nous avoir reçu et d’avoir répondu à nos questions nous vous souhaitons bon vent dans votre nouvelle aventure  votre  chez Mobinil.

Envoyer un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Nous contacter

Désolé, nous ne sommes pas disponibles pour le moment mais laissez-nous un message.

Une question ou besoin d'aide ? Nous sommes à votre service !

Cliquez sur ENTREE pour tchater